← Histoires de peau

La peau a gardé le dessin.

Des tatouages vieux de plus de cinq mille ans, révélés par une autre lumière.

Figurine féminine égyptienne en faïence bleue, ornée de motifs noirs sur le ventre et les cuisses.
Figurine féminine aux tatouages peints, Lisht, Égypte, vers 1850–1750 av. notre ère. The Met, 08.200.18.The Metropolitan Museum of Art ↗ · Domaine public

Des traces presque effacées. Une caméra infrarouge. Et des dessins qui redeviennent visibles sur des corps de l’Égypte ancienne. L’archéologie du tatouage commence parfois par une nouvelle façon de regarder.

Un tatouage peut survivre à la personne qui le porte pendant des millénaires, puis échapper longtemps au regard. La peau change, les contrastes s’atténuent, une forme devient une tache. Lire un corps ancien demande parfois un instrument capable de voir autrement.

Les objets en conservent aussi des représentations. Sur la figurine de Lisht qui ouvre ce récit, des motifs noirs couvrent le ventre et les cuisses. Le Met les identifie comme des tatouages, associés ici à un collier et à une ceinture de perles en forme de cauris.

À Gebelein, des figures sous les traces

En 2018, une étude décrit des tatouages figuratifs sur deux corps prédynastiques de Gebelein, conservés au British Museum. Leur datation se situe à la fin du IVe millénaire avant notre ère. L’imagerie infrarouge révèle, sur le bras d’un homme, deux animaux à cornes, interprétés comme un bovin sauvage et un mouflon à manchettes. Une femme porte notamment une série de formes en S.

L’homme de Gebelein conservé au British Museum, photographié en lumière visible.
L’homme de Gebelein, British Museum, EA 32751. Vue en lumière visible, 2011 ; les motifs de ses tatouages sont révélés par l’infrarouge.Fæ ↗ · CC BY-SA 3.0

Ces observations documentent la présence du tatouage chez les deux sexes à cette époque. Elles comptent parmi les plus anciens témoignages connus de tatouages figuratifs conservés sur peau humaine. Le sens précis des dessins demeure discuté.

Voir les tatouages à l’infrarouge dans l’étude (PDF) ↗

Repères documentaires [1]

Une autre époque, un corps couvert de signes

À Deir el-Medina, village des artisans des tombes royales du Nouvel Empire, l’étude d’un torse féminin a ouvert un autre chapitre. Anne Austin et Cédric Gobeil ont décrit au moins trente tatouages répartis sur le cou, les épaules, le dos et les bras. Leurs recherches, publiées en 2017, examinent une iconographie liée au monde religieux égyptien, avec notamment des fleurs de lotus.

Les chercheurs envisagent des liens avec la protection et les activités rituelles. La fonction exacte de cette femme reste inconnue.

Repères documentaires [3]

Dans les Alpes, des lignes et des croix

Le corps d’Ötzi, conservé dans les glaces alpines pendant plus de cinq mille ans, porte 61 tatouages. Le Musée archéologique du Tyrol du Sud les décrit comme des lignes et des croix. Leur emplacement près de certaines zones du corps affectées par l’usure a conduit à envisager une fonction thérapeutique. Le musée présente cette interprétation comme une hypothèse.

Ces lignes et ces croix forment un répertoire de motifs différent des dessins figuratifs égyptiens.

Repères documentaires [4]

Pour aller plus loin

Sources & prolongements

  1. Natural mummies from Predynastic Egypt reveal the world’s earliest figural tattoos ↗

    Renée Friedman et al. · Journal of Archaeological Science, 2018 · manuscrit intégral (PDF), Queen’s University Belfast.

  2. Figurine féminine aux tatouages peints ↗

    The Met · 08.200.18 · Lisht, vers 1850–1750 av. notre ère · faïence et peinture.

  3. Embodying the Divine: A Tattooed Female Mummy from Deir el-Medina ↗

    Anne Austin et Cédric Gobeil · BIFAO 116, 2017, p. 23–46 · texte intégral, IFAO.

  4. Ötzi — The body ↗

    Musée archéologique du Tyrol du Sud · présentation des tatouages et des hypothèses de recherche.