Sur des visages sculptés, des marques accompagnent une coiffure, un regard, une expression. Les artistes baoulé et sénoufo leur ont donné une place dans leurs représentations de la beauté. Regardons de près.
Approchez-vous d’un masque. Suivez la ligne du front, le dessin des paupières, le passage de la lumière sur les joues. Des reliefs minuscules rythment le visage. La sculpture a conservé le souvenir d’un corps orné, et d’un regard qui trouvait cet ornement beau.
Un visage que l’on pouvait reconnaître
Un masque-portrait baoulé conservé au Met est daté d’environ 1900. Le musée le rattache aux danses mblo, où apparaissaient des portraits idéalisés de personnes estimées par la communauté. Sa notice associe la surface lustrée à une peau saine, mise en valeur par la coiffure et les scarifications du visage. La personne représentée pouvait accompagner la sortie de son double sculpté.
Imaginez la rencontre : un visage de bois, animé par la danse, et tout près, la personne qu’il évoque. Le portrait circule entre l’œuvre, son modèle et le public. Les scarifications participent à cette ressemblance, avec la coiffure et les traits du visage.
Repères documentaires [1]
Des artistes, des choix, des variations
Un second masque baoulé conservé au Met, de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle, montre la liberté de ces portraits. Sa notice décrit un front ample et des yeux baissés, associés à l’intelligence et au respect dans l’esthétique baoulé. Elle souligne aussi les différences entre les visages, jusqu’aux asymétries. Le sculpteur travaille une présence singulière.
Sur le masque mblo du Brooklyn Museum ci-dessous, deux petits rectangles ponctuent les joues. Les reliefs répondent aux stries de la coiffure et aux courbes des paupières. La lumière fait apparaître ces marques dans la surface sombre du bois.

À Essankro, la beauté avait ses ateliers
Une figure féminine datée d’environ 1880 est attribuée au Maître d’Essankro. Le Met la rapproche d’un ensemble associé à plusieurs sculpteurs baoulé du lignage N’Zipri. Selon la notice, cette figure était destinée au contexte d’un devin komien : la beauté physique et les qualités morales idéalisées de la sculpture devaient contribuer à attirer un esprit dans son support.
Repères documentaires [4]
Au nord, un autre contexte
Les masques sénoufo kpeliye’e présentent un visage délicat, marqué de scarifications gravées ou en relief. La notice du Met consacrée à un exemplaire du XIXe au milieu du XXe siècle relie ces masques, considérés comme féminins, à l’association initiatique Poro et à l’hommage rendu aux aînés défunts. La grâce et la beauté participent à cet hommage.

Repères documentaires [5]
Des traces au XIXe siècle
Des sculptures du XIXe siècle représentent déjà des scarifications baoulé. Elles témoignent d’une pratique dont l’origine exacte reste inconnue.
Le tatouage inscrit un pigment dans la peau ; la scarification en modifie le relief par une cicatrice. Ces deux formes d’ornement ont des techniques et des histoires propres.
Pour aller plus loin
Sources & prolongements
- Masque-portrait baoulé, vers 1900 ↗
The Met · 1997.277 · contexte des danses mblo, beauté et scarifications.
- Portrait Mask, fin XIXe–début XXe siècle ↗
The Met · 2004.445 · idéal esthétique et individualité du portrait.
- Masque pour les danses mblo ↗
Brooklyn Museum · 1989.51.25 · photographie de la collection, CC BY 3.0.
- Figure féminine pour un devin komien ↗
The Met · 1978.412.391 · attribution au Maître d’Essankro, vers 1880.
- Masque kpeliye’e sénoufo ↗
The Met · 1978.412.489 · contexte du Poro et hommage aux aînés.
