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La beauté en relief.

Ce que les sculptures nous apprennent des scarifications en Côte d’Ivoire.

Masque féminin mblo baoulé en bois : coiffure sculptée et petites marques sur les tempes et le front.
Daderot · Cleveland Museum of Art · CC0 1.0

Sur des visages sculptés, des marques accompagnent une coiffure, un regard, une expression. Les artistes baoulé et sénoufo leur ont donné une place dans leurs représentations de la beauté. Regardons de près.

Masque féminin mblo, Baoulé, Côte d’Ivoire, début–milieu du XXe siècle. Cleveland Museum of Art. Photographie de Daderot, 2012 ; identification donnée par sa notice photographique. Voir la source ↗

Approchez-vous d’un masque. Suivez la ligne du front, le dessin des paupières, le passage de la lumière sur les joues. Des reliefs minuscules rythment le visage. La sculpture a conservé le souvenir d’un corps orné, et d’un regard qui trouvait cet ornement beau.

Pour raconter les scarifications en Côte d’Ivoire, ces œuvres offrent un point de départ précis. Elles ont une matière, une provenance attribuée, une époque estimée. Leur observation permet d’entrer dans l’histoire par des objets concrets, puis de chercher les personnes, les usages et les goûts auxquels ils se rapportaient.

Un visage que l’on pouvait reconnaître

Un masque-portrait baoulé conservé au Met est daté d’environ 1900. Le musée le rattache aux danses mblo, où apparaissaient des portraits idéalisés de personnes estimées par la communauté. Sa notice associe la surface lustrée à une peau saine, mise en valeur par la coiffure et les scarifications du visage. La personne représentée pouvait accompagner la sortie de son double sculpté.

Imaginez la rencontre : un visage de bois, animé par la danse, et tout près, la personne qu’il évoque. Le portrait circule entre l’œuvre, son modèle et le public. Dans ce contexte, une marque fait partie d’un ensemble : le visage, la manière de se présenter, la réputation. La détacher pour en faire un simple motif décoratif ferait perdre une partie de cette relation.

Repères documentaires [1]

Des artistes, des choix, des variations

Un second masque baoulé conservé au Met, de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle, montre la liberté de ces portraits. Sa notice décrit un front ample et des yeux baissés, associés à l’intelligence et au respect dans l’esthétique baoulé. Elle souligne aussi les différences entre les visages, jusqu’aux asymétries. Le sculpteur travaille une présence singulière.

Un détail mérite donc du temps. Regardez où les marques sont placées, leur taille, la distance entre deux reliefs. Observez leur rapport à la bouche et aux yeux. Ce regard attentif rend perceptible le travail de composition. Il ouvre aussi une question que l’image seule ne résout pas : quelle part revient au modèle, au goût de son entourage ou à l’interprétation de l’artiste ?

Repères documentaires [2]

La date d’une sculpture nous situe dans l’histoire. L’origine d’une pratique demande une autre enquête.

À Essankro, la beauté avait ses ateliers

Une figure féminine datée d’environ 1880 est attribuée au Maître d’Essankro. Le Met la rapproche d’un ensemble associé à plusieurs sculpteurs baoulé du lignage N’Zipri. Selon la notice, cette figure était destinée au contexte d’un devin komien : la beauté physique et les qualités morales idéalisées de la sculpture devaient contribuer à attirer un esprit dans son support.

Cette attribution donne de l’épaisseur à l’histoire. Derrière une catégorie de musée, il y a des ateliers, des voisinages, des artistes qui observent et inventent. Le corps représenté répond à un usage. Pour comprendre son ornement, il faut aussi regarder ce que l’œuvre devait accomplir, les personnes auxquelles elle s’adressait et la manière dont elle était montrée.

Repères documentaires [3]

Masque kpeliye’e sénoufo : des marques sculptées quadrillent les joues et le front.
Sur ce masque kpeliye’e sénoufo, les marques sculptées participent à la composition du visage. Côte d’Ivoire, fin du XIXe ou début du XXe siècle. Brooklyn Museum, 22.507.Brooklyn Museum · Museum Expedition 1922, Robert B. Woodward Memorial Fund · CC BY 3.0

Au nord, un autre contexte

Les masques sénoufo kpeliye’e invitent à changer de cadre. La notice du Met consacrée à un exemplaire du XIXe au milieu du XXe siècle décrit un visage délicat, marqué de scarifications gravées ou en relief. Elle relie ces masques, considérés comme féminins, à l’association initiatique Poro et à l’hommage rendu aux aînés défunts. La grâce et la beauté participent à cet hommage.

La proximité visuelle entre deux marques ne suffit donc pas à leur donner la même signification. Un masque baoulé et un masque sénoufo se lisent avec leurs propres contextes. C’est précisément cette diversité qui rend la comparaison féconde : elle nous oblige à regarder chaque œuvre avant de lui attribuer une histoire.

Repères documentaires [4]

Depuis quand ? Ce que les dates permettent de dire

Une sculpture datée d’environ 1880 atteste une représentation à cette époque. Cette date ne fixe pas le commencement des scarifications chez les Baoulé. Pour établir une origine, il faudrait croiser des témoignages, des archives, des objets situés dans le temps et l’histoire de leur transmission. Les œuvres présentées ici permettent de documenter des pratiques de représentation ; elles laissent ouverte la question de leur ancienneté exacte.

La même attention s’applique aux mots. Le tatouage inscrit un pigment dans la peau ; la scarification en modifie la surface par une cicatrice. Leurs effets visuels et leurs histoires varient. Les réunir dans un festival donne l’occasion de les observer ensemble, en gardant la précision nécessaire pour raconter chacune.

À FITPAC 26, cette histoire nourrit le regard que nous portons sur les œuvres contemporaines : un placement, un rythme, la relation entre une marque et un visage. La filiation d’un motif, elle, demande un récit documenté. Chaque artiste et chaque personne qui porte une œuvre peuvent nous aider à le construire.

Le récit en une minute

Peut-on dater les scarifications chez les Baoulé ?

Des sculptures du XIXe siècle en donnent des représentations documentées. Leur date renseigne sur ces œuvres ; elle ne suffit pas à fixer l’origine de la pratique. Les portraits, les ateliers et leurs usages permettent déjà de raconter une histoire précise.

Pour aller plus loin

Sources & prolongements

  1. Masque-portrait baoulé, vers 1900

    The Met · 1997.277 · contexte des danses mblo, beauté et scarifications.

  2. Portrait Mask, fin XIXe–début XXe siècle

    The Met · 2004.445 · idéal esthétique et individualité du portrait.

  3. Figure féminine pour un devin komien

    The Met · 1978.412.391 · attribution au Maître d’Essankro, vers 1880.

  4. Masque kpeliye’e sénoufo

    The Met · 1978.412.489 · contexte du Poro et hommage aux aînés.

Récit de la rédaction FITPAC 26, à partir des sources indiquées. Les interprétations sont distinguées des observations. Les personnes et institutions citées le sont à titre documentaire.